Signaux d’apaisement du chien : les reconnaître et les respecter

Votre chien détourne la tête quand un enfant vient le serrer dans ses bras. Il se lèche la truffe au moment où vous sortez le coupe-griffes. Il bâille pendant que vous le grondez. Ces gestes n’ont rien d’anodin : ce sont des signaux d’apaisement, des messages que le chien envoie pour dire qu’une situation le met mal à l’aise et qu’il ne cherche pas le conflit. Les repérer tôt permet d’éviter bien des morsures, et c’est l’une des premières compétences que l’on travaille en formation, que l’on soit propriétaire, pet-sitter ou éducateur.

Signaux d’apaisement : de quoi parle-t-on ?

Une notion popularisée par Turid Rugaas

L’expression vient de Turid Rugaas, éducatrice canine norvégienne, qui a publié en 1997 un petit livre devenu une référence, traduit en français sous le titre « Les signaux d’apaisement ». Elle y décrit une trentaine de comportements que les chiens utilisent entre eux pour désamorcer une tension, calmer un congénère ou se calmer eux-mêmes. Son observation de départ est simple : les chiens disposent d’un langage très riche pour éviter l’affrontement, et la plupart des humains ne le voient pas.

Ces signaux s’adressent aux autres chiens, mais aussi à nous. Le chien les emploie avec les humains exactement comme avec ses congénères, en espérant qu’ils produisent le même effet. Quand on ne les comprend pas, on continue ce qui le dérange, et le chien doit trouver un autre moyen de se faire entendre.

Ce qu’en dit la recherche

Pendant longtemps, la notion est restée une observation de terrain, sans validation scientifique. Une étude pilote italienne publiée en 2017 dans le Journal of Veterinary Behavior (Mariti et ses collègues, université de Pise) a filmé 24 chiens en interaction deux à deux et relevé plus de 2000 signaux. Dans 67 % des cas, au moins un signal d’apaisement suivait immédiatement un comportement agressif, et la tension retombait dans près de huit cas sur dix quand il apparaissait.

Les chercheurs restent prudents, et ils ont raison. Tous les comportements de la liste ne sont pas forcément intentionnels : certains relèvent aussi de ce que les éthologues appellent des comportements de déplacement, des gestes qui trahissent un conflit intérieur ou un stress. En pratique, la distinction change peu de chose pour vous. Qu’il cherche à apaiser l’autre ou qu’il soit simplement gêné, le chien vous dit la même chose : là, maintenant, ce n’est pas confortable.

Les signaux d’apaisement les plus fréquents

Chien en longe détendue qui renifle le sol, un signal d'apaisement fréquent en balade

Voici ceux que l’on observe le plus souvent, chez le chien de famille comme en séance d’éducation. Beaucoup sont très brefs, parfois moins d’une seconde : il faut apprendre à regarder.

  • Détourner la tête ou le regard : le chien tourne la tête sur le côté ou évite simplement vos yeux. C’est l’un des plus courants, notamment quand quelqu’un se penche au-dessus de lui ou le fixe.
  • Se lécher la truffe : un coup de langue rapide sur le nez ou les babines, sans rapport avec la nourriture. Très fréquent pendant les manipulations et les photos.
  • Bâiller : en dehors de la fatigue, le bâillement apparaît dans les moments de tension, chez le vétérinaire, pendant une dispute dans la maison ou quand on le réprimande.
  • Renifler le sol : le chien se met soudain à flairer un point précis alors qu’un autre chien ou une personne approche. Il gagne du temps et montre qu’il ne cherche pas l’affrontement.
  • Ralentir ou se figer : les mouvements deviennent lents, le chien s’immobilise quelques secondes. Un chien qui se fige face à une main tendue demande qu’on attende.
  • Approcher en arc de cercle : deux chiens polis ne se rencontrent jamais de face. Ils décrivent une courbe, s’abordent de côté, se reniflent l’arrière-train.
  • S’asseoir, se coucher ou tourner le dos : une manière de se rendre moins imposant et de faire baisser la pression, souvent face à un chien trop excité.
  • S’interposer : un chien se glisse physiquement entre deux congénères, ou entre un chien et un humain, quand l’échange lui paraît trop tendu.
  • Cligner des yeux, plisser le regard : un regard doux et des paupières qui se ferment à moitié, à l’opposé du regard fixe et dur.
  • Lever une patte avant : souvent associé à une posture un peu hésitante, face à une situation incertaine.

Un dernier geste mérite d’être connu : le chien qui s’ébroue comme en sortant de l’eau, alors qu’il est sec. On le voit souvent juste après un moment tendu, une rencontre, une manipulation. Il marque la fin de la tension, une forme de remise à zéro.

Signal d’apaisement ou simple besoin ? Toujours lire le contexte

Un chien qui bâille le soir sur le canapé est fatigué. Un chien qui se lèche les babines après sa gamelle a mangé. Un chien qui renifle le bas-côté a trouvé une odeur. Aucun de ces gestes n’a de sens pris isolément, et c’est l’erreur la plus fréquente chez ceux qui découvrent le sujet : voir du stress partout.

Trois questions aident à trier. Que vient-il de se passer juste avant ? Un geste qui survient au moment précis où quelqu’un tend la main, où un chien approche ou où vous haussez le ton a de bonnes chances d’être une réponse à cette situation. Le reste du corps dit-il la même chose ? Des oreilles en arrière, une queue basse, un corps un peu ramassé ou le blanc de l’œil visible renforcent la lecture. Enfin, le signal se répète-t-il ? Plusieurs signaux enchaînés en quelques secondes ne laissent guère de doute.

Filmer son chien aide énormément. Sur une vidéo passée au ralenti, on découvre souvent des léchages de truffe et des détournements de tête qu’on n’avait jamais remarqués, notamment pendant les câlins, que beaucoup de chiens tolèrent plus qu’ils ne les apprécient.

Quand les signaux ne sont pas entendus

La communication du chien suit une progression. Il commence par les signaux les plus discrets, ceux qui ne coûtent rien à personne. Si la situation continue, il passe à l’évitement : il s’éloigne, se cache, essaie de partir. Si on l’en empêche, viennent les signaux d’avertissement : immobilité raide, babines retroussées, grognement. Et si rien de tout cela ne fonctionne, il reste le pincement ou la morsure.

C’est pour cela qu’on entend si souvent « il a mordu sans prévenir ». Dans la grande majorité des cas, le chien avait prévenu, plusieurs fois, dans une langue que personne autour de lui ne lisait. Certains chiens ont même appris à sauter les étapes, parce que leurs premiers messages n’ont jamais rien changé.

D’où une règle simple : on ne punit jamais un grognement. Le grognement est une information précieuse. Le sanctionner n’enlève pas le malaise du chien, cela lui apprend seulement à se taire, et la prochaine fois il risque de passer directement à l’étape suivante. Mieux vaut se demander ce qui l’a provoqué, et modifier la situation.

Respecter les signaux d’apaisement au quotidien

Respecter un signal d’apaisement, c’est répondre en baissant la pression : reculer d’un pas, arrêter de fixer, suspendre la caresse ou le soin, laisser au chien une porte de sortie. C’est tout. Le chien apprend alors que ses messages fonctionnent, et il n’a pas besoin d’aller plus loin.

Avec les enfants et les visiteurs

Les enfants font spontanément tout ce que les chiens trouvent impoli : ils arrivent de face, se penchent, serrent dans leurs bras, mettent leur visage contre celui du chien. C’est dans ces moments que les signaux d’apaisement sont les plus nombreux, et les plus ignorés. Apprendre aux enfants à laisser le chien venir, à le caresser brièvement sur le côté du corps, puis à s’arrêter pour voir s’il en redemande, change beaucoup de choses. Même consigne pour les visiteurs : on ignore le chien en arrivant, et c’est lui qui décide du premier contact.

En balade et à la rencontre d’autres chiens

Éducatrice canine promenant plusieurs chiens en laisse, attentive à leur langage corporel

Une laisse courte et tendue empêche le chien de faire ce que son langage lui demande : décrire une courbe, s’arrêter pour renifler, détourner la tête et s’écarter. Lui laisser de la liberté de mouvement, par exemple avec une longe utilisée à bon escient (nous en parlons dans l’article la longe, un outil précieux), lui permet de gérer lui-même ses rencontres. Et si vous voyez votre chien renifler frénétiquement le sol en approchant d’un congénère, élargissez la distance plutôt que de le tirer vers l’autre.

Chez les chiens réactifs, ces signaux sont le point de départ de tout le travail. La méthode BAT, par exemple, repose sur l’observation de ces comportements à bonne distance du déclencheur, jusqu’à ce que le chien se désengage de lui-même. Le détail est expliqué dans l’article comment fonctionne le BAT (Behavior Adjustment Training).

Pendant les soins et les manipulations

Couper les griffes, nettoyer les oreilles, brosser, examiner une patte : les manipulations concentrent énormément de signaux. Un chien qui se lèche la truffe dès que vous prenez sa patte vous dit que vous allez un peu vite. En fractionnant le soin, en s’arrêtant dès les premiers signes, puis en reprenant plus tard, on obtient un chien qui coopère au lieu d’un chien qui se débat. C’est tout le principe des soins coopératifs pour les chiens.

Et nous, pouvons-nous les utiliser ?

Turid Rugaas encourageait les humains à parler chien, dans une certaine mesure : s’approcher en courbe plutôt que de face, détourner le regard, s’accroupir de profil plutôt que se pencher au-dessus du chien, ralentir ses gestes. Pour un chien craintif, cette façon d’entrer en contact est nettement moins menaçante. Bâiller ou se lécher les lèvres pour calmer son chien reste plus anecdotique, et il n’est pas certain que le chien le perçoive comme un signal. Ce qui compte surtout, c’est ce que vous arrêtez de faire.

Pour les professionnels : une compétence de base

Pour toute personne qui travaille avec des chiens qui ne sont pas les siens, la lecture des signaux d’apaisement n’est pas une option. Le pet-sitter qui entre dans une maison, le dog walker qui fait rencontrer six chiens sur un chemin, le toiletteur, l’auxiliaire vétérinaire : tous se trouvent régulièrement face à un chien qui essaie de leur dire quelque chose. Savoir le lire, c’est prévenir les accidents et gagner la confiance de l’animal, et celle de son propriétaire.

Chez 100% EFC, cette lecture du langage canin est travaillée dès le début des parcours. Dans la formation éducateur comportementaliste canin, l’identification et l’interprétation des signaux de communication font partie du premier bloc, avant d’être reprises dans les modules sur la socialisation, les troubles du comportement et la réactivité. Les futurs dog sitters et dog walkers et pet-sitters y sont également formés, parce que ce sont eux qui passent le plus de temps seuls avec des chiens qu’ils connaissent peu.

Pour les professionnels qui veulent aller plus loin avec les chiens qui explosent en laisse, la formation la réactivité chez le chien se déroule sur cinq jours en présentiel à Saint-Martin-de-Hinx, dans les Landes : déclencheurs, seuils de tolérance, cas pratiques et accompagnement des propriétaires.

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Questions fréquentes

Quels sont les principaux signaux d’apaisement du chien ?

Les plus fréquents sont le détournement de la tête ou du regard, le léchage de truffe, le bâillement, le reniflage du sol, le ralentissement ou l’immobilité, l’approche en arc de cercle et le fait de s’asseoir ou de tourner le dos. Turid Rugaas en a décrit une trentaine. Ils se lisent toujours en contexte, jamais un par un.

Un chien qui bâille est-il forcément stressé ?

Non. Un chien bâille aussi quand il est fatigué ou au réveil. Le bâillement devient un signal d’apaisement ou de gêne quand il apparaît dans une situation sociale précise : quelqu’un se penche sur lui, on le gronde, un inconnu approche, un soin commence. C’est le moment où il survient qui le rend significatif.

Que faire quand mon chien montre des signaux d’apaisement ?

Réduire la pression : reculer d’un pas, cesser de fixer le chien, arrêter la caresse ou le soin, augmenter la distance avec ce qui le dérange, lui laisser une porte de sortie. Si les signaux reviennent souvent dans les mêmes situations, c’est un indicateur à prendre au sérieux et à travailler avec un professionnel formé.

Faut-il punir un chien qui grogne ?

Non. Le grognement arrive généralement après des signaux d’apaisement qui n’ont pas été entendus. Le punir apprend au chien à se taire, pas à être moins mal à l’aise, et il risque de passer directement à la morsure la fois suivante. Il vaut mieux comprendre ce qui a déclenché le grognement et modifier la situation.

Les signaux d’apaisement sont-ils prouvés scientifiquement ?

La notion vient de l’observation de terrain de Turid Rugaas. Les études restent peu nombreuses. Une étude pilote italienne publiée en 2017 (Mariti et al.) a observé que ces comportements apparaissent très souvent juste après un comportement agressif d’un congénère et sont fréquemment suivis d’une désescalade, ce qui va dans le sens de leur rôle apaisant. Les chercheurs appellent à des travaux plus larges.

Marie Duarté

Marie Duarté

Mon métier : vous aider à lancer votre entreprise dans les meilleures conditions. Après une formation en gestion d'entreprise et un parcours varié (immobilier, gestion de patrimoine, grande distribution, centre de formation), je me suis spécialisée dans les métiers animaliers à mon arrivée dans les Landes. Je vous accompagne pour construire, lancer et gérer votre activité, avec bienveillance et empathie.